22.08.2008

Souvenirs de Guinée

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La polygamie est la source d’une grande immoralité. Les vieillards opulents dont le bétail est nombreux, fussent-ils immensément laids et difformes, épousent les plus belles filles du village, tandis que les jeunes gens sans bétail, c’est-à-dire sans fortune, sont obligés de se passer d’épouses ou de convoiter les épouses délaissées. Contre rétribution car la polygamie favorise la prostitution.
En pays guerzé, la polygamie était approuvée par les femmes. Quand on leur disait qu’en Europe les hommes n’avaient qu’une seule épouse, elles nous répondaient qu’un homme bien né se devait d’avoir plusieurs épouses pour montrer sa richesse. Et quand on ajoutait qu’en Europe les jeunes filles se mariaient pour rien, elles s’exclamaient : quelle horreur ! Et les parents, n’avaient-ils pas honte de donner leur fille pour rien ? Et les jeunes filles, que faisaient-elles de leur honneur ? De leur virginité ? Et elles affirmaient qu’elles ne voudraient pas vivre dans un pays qui ne respectait pas la richesse du mari et qui bradait la virginité des jeunes filles à marier. (...)
Souvenirs de Guinée est publié aux éditions EDILIVRE

18.08.2008

Souvenirs de Guinée

(...) Les jours étaient rythmés par le travail des enfants et des femmes pendant que les hommes chassaient ou palabraient inlassablement sur la place du village. Les enfants débroussaillaient les parcelles, malaxaient le banco destiné à la construction des cases, pilaient le grain, gardaient le bétail. Les femmes préparaient les repas et travaillaient la terre. Dès les premières pluies, après que les enfants aient débroussaillé le terrain, elles allaient avec leurs petites houes remuer superficiellement la terre, la rehaussaient, plantaient le manioc, la patate douce, l’arachide, le riz, le mil…
Le soir, le village vivait au rythme des tam-tams et des danses. Tout était prétexte à réjouissances. C’était une coutume de vénérer la lune. Quand la nouvelle lune faisait son apparition, le village organisait une grande fête. Les gens pensaient que la lune mourait chaque soir et ressuscitait le lendemain car sous cette latitude la lune n’est absente qu’une seule nuit par cycle avant de reparaître et c’était chaque fois l’occasion de faire la fête.
Avec le temps, le spectacle nocturne perdit de son intérêt. Après quelques semaines nous n’assistions plus aux danses nocturnes que de temps en temps, pour prendre le frais, admirer la souplesse et la beauté des jeunes danseuses ou, plus prosaïquement, pour trouver une compagne pour la nuit.
Nous nous faisions accompagner par notre bon Sékou qui nous servait d’entremetteur. Il nous amenait les femmes les moins jeunes, déjà délaissées au bénéfice d’une nouvelle épouse, jamais la favorite du moment, jamais une jeune fille. La favorite du moment était tenue de remplir ses devoirs conjugaux et d’attendre pour folâtrer d’être à son tour délaissée. Quant aux jeunes demoiselles, promises dès l’enfance, parfois dès la naissance, elles devaient rester vierges jusqu’au mariage.
En règle générale la prééminence de la première épouse ne faisait pas d’elle la favorite. Elle pouvait être sexuellement délaissée au profit d’une coépouse plus jeune ou plus jolie, voire moins respectée qu’une mère plus féconde, mais elle conservait un statut socialement privilégié qui lui conférait certains droits par rapports aux autres femmes du foyer.
L’érotique guerzé, où la femme est mutilée par l’excision, est plus orientée vers la reproduction que vers le plaisir sexuel de celle-ci. On expliquait la pratique de l’excision qui facilite la reproduction sans passer par l’orgasme de la femme, par la polygamie ; et la coutume fréquente de mettre une femme à la disposition d’un hôte honoré, de mécanisme de correction de la polygamie… (...)
Editions EDILIVRE - alapage.com

17.08.2008

Souvenirs de Guinée

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(...) Nous discutâmes encore un moment, puis le commandant regarda sa montre : « Fichtre, dit-il, Il est déjà 13 heures. Que diriez-vous d’un déjeuner sur le pouce ? »
Et sans attendre notre réponse, il sonna le planton : « Mamadou, va dire au cuisinier que nous serons trois à table. Dis-lui que nous arrivons dans 30 minutes. » Puis se tournant vers nous il ajouta : « Mon épouse est rentrée en France pour régler des affaires de famille, mais j’ai un excellent cuisinier. »
À table, le commandant se montra très prolixe. Il nous parla de son expérience africaine, de la fonction sociale des stages initiatiques dans les forêts sacrées, de la superstition des Noirs, de leur crainte du mystère, de l’animisme, des sacrifices, des prières, des offrandes, des libations que les indigènes jugeaient nécessaires pour renforcer les entités naturelles et les forces invisibles qui entourent l’homme ou pour amadouer les mauvais génies qui rôdent autour du village. « Chez les Guerzé, dit-il, tel nom signifie qu’il ne mange pas du caïman, tel autre du singe, tel autre du chien, tel autre de l’antilope… le nom que l’homme porte l’oblige à respecter le tabou qui le lie à un animal parce qu’un ancêtre lointain a reçu de cet animal un bienfait, ou lui en a rendu un. Dans une circonscription qu’il avait administrée en Oubangui-Chari, la coutume voulait qu’un malade changeât d’identité après sa convalescence pour bien marquer sa guérison. L’apprentissage se fait par étapes, chacune marquée par une cérémonie affirmant la mort de l’ancien état et la renaissance en un homme nouveau, plus apte à entrer en contact avec les divinités. Lorsque, bien plus tard, il revenait dans un village pour recenser la population, il arrivait qu’un ancien malade, à l’appel de son ancien nom, tombât en transes de terreur et fît une crise nerveuse de crainte de se trouver face à son esprit. »
Nous ne perdions pas un mot de ce passionnant récit. Devant un auditoire aussi attentif, le commandant poursuivit son récit : « Dans cette région de forêt, la médecine est exercée à grande échelle. Outre les guérisseurs qui connaissent les effets de certaines plantes, ont de l’expérience et rendent de réels services, il y a les sorciers et les marabouts ; tel marabout, spécialiste en éléphants, prépare une drogue réputée indispensable pour attaquer ce noble animal. Pas un chasseur ne s’aventurerait dans cette périlleuse aventure sans être muni de ce précieux talisman ; tel autre, spécialiste en crocodiles, vend un grigri non moins nécessaire pour se protéger contre ce redoutable amphibie ; tel autre encore, spécialiste en dés, a pour mission la cherche les voleurs. Quand une chose a disparu, il se rend à l’endroit où le vol a été commis, examine les lieux, jette ses dés, attend quelques jours et, moyennant salaire, dénonce le voleur. Il est rare qu’il se trompe car se défiant de sa propre science, il a des agents secrets partout dont les relations, les enquêtes, les questions, les mettent à même de découvrir le coupable… Les Guerzé entretiennent une relation de confiance avec le destin. Ils remettent leurs vies entre ses mains et acceptent les aléas de l’existence avec philosophie, conclut le commandant. » (...)
Editions EDILIVRE - alapage.com