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11/06/2016

La verte colline de Santumedero

“On appelait Don Felipe El Indiano, car il était revenu des Amériques après avoir gagné beaucoup d’argent, disait-on. Il devait effectivement être riche, car il achetait toutes les propriétés que les petits paysans ven-daient après avoir trouvé du travail dans la vallée. Sa propriété s'étendait sur plusieurs collines. Il ne travaillait pas ses terres lui-même, il avait pour ce faire plusieurs métayers. Il résidait à Oviedo, où disait-on, il pos-sédait plusieurs immeubles de rapport, mais il venait passer l'été dans la fraîcheur de la montagne. Il s'était pris d'amitié pour Celesto qui, disait-il, avait la capacité de faire des études. Aussi l'encourageait-il à lire les li-vres qu'il lui apportait. Francisco savait que Celesto aurait aimé faire des études.
« Pour quoi faire, disait Manuela. Tu as déjà un diplôme. Que veux-tu faire de toutes ces connaissances qu'on apprend dans les grandes écoles et qui ne servent qu'aux riches ? Quel besoin as-tu de faire des études pour travailler la terre ?
‒ Pour mieux comprendre comment s'est formé l'univers, la terre, le ciel, les étoiles, comment fonctionne le monde ! avait-il répondu.
‒ Foutaises », avait dit Manuela.
“Celesto était un rêveur qui aimait la solitude. Souvent, les soirs d'été, quand toute la terre se colorait de teintes flamboyantes du soleil couchant si excitantes pour l'imagination, il sentait monter en lui comme l'attente de quelque chose qu'il ne connaissait pas. Et en rentrant à la maison, il était tout mélancolique. Francisco ne savait que penser. Faire des études coûte cher et de toute façon il n'a pas les moyens de les payer. À quoi ça pouvait-il conduire les études ? À gratter du papier dans un bureau où la lumière n’entre que par une petite fenêtre ? Mieux valait travailler la terre et respirer l'air pur de la montagne.
“Ses enfants n'allaient pas l'église. Pas seulement parce qu'il fallait al-ler à Noreña pour assister à la messe. Francisco ne les avait pas fait bapti-ser. Il estimait que la religion n'avait rien à leur apprendre. Ils n'avaient pas besoin de savoir qu'il ne faut pas voler : tout chez eux était en com-mun, ni être intempérants ayant une nourriture frugale, ni mentir n'ayant rien à dissimuler. Il ne les a jamais effrayés en leur disant que Dieu pu-nissait les enfants qui n'allaient pas à l'église tous les dimanches, comme l'affirmaient quelques vieilles bigotes. Ses enfants vivaient en solitaires et bénéficiaient d'une grande liberté et de la vie au grand air. Ils connais-saient les joies des grandes randonnées dans les landes couvertes de bruyères, de genêts, de fougères, émaillées de fleurs multicolores. La seule chose qu'il avait essayé de leur inculquer, c'est l'amour de la terre, et il n'était pas sûr d'avoir réussi.”
Après un moment de repos, Francisco rassembla son bétail et com-mença à descendre vers Santumedero. Le sentier passait entre deux ran-gées de pommiers rabougris. Il suivait d’un pas lent son troupeau qui musardait, attrapant un épi de maïs par-ci, une pomme par-là… Soudain il ressentit une violente douleur au niveau de la cage thoracique ; il eut l’impression d’étouffer. Il essaya de se lever, mais n’en eut pas la force. Il perdit connaissance et s’affala contre le talus.
Lorsque le troupeau arriva à l'étable, Manuela pensa que son mari avait rencontré quelqu'un et s'était attardé à bavarder. Cela lui arrivait parfois, car en dépit de son dépeuplement, la région n’était pas un désert. Il y avait encore quelques paysans et quelques chasseurs qui montaient de la vallée se faire un lapin ou un perdreau, le soir, après leur travail.
Elle commença à traire les vaches en rouspétant. Lorsqu’elle eut fini la traite, elle rentra à la maison et commença à préparer le souper. "En vieillissant, Francisco devient bavard comme un pipelet", maugréa-t-elle. Elle sortit sur le pas de la porte. La nuit commençait à tomber. Une heure plus tard, elle commença à s'inquiéter. « Pourvu qu’il ne lui soit rien arri-vé », dit-elle en maugréant.

 

09:39 Écrit par Astur | Commentaires (0) |  Facebook

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