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17/06/2016

La verte colline de Santumedero

En mai, le général fit occuper Albarrán, une position montagneuse située au Nord-ouest d'Anoual, par 250 hommes. En juin, les Espagnols furent encerclés par un millier de combattants rifains et des 250 soldats espagnols, seuls 21 parvinrent à s'échapper en abandonnant leur artillerie aux combattants d'Abd-el-Krim.
Quand le général Silvestre tenta de récupérer les positions perdues, la situation dans le Rif lui avait déjà échappé : Abd-el-Krim avait réuni en très peu de jours plus de quatre mille guerriers kabyles. En juillet, après les premières escarmouches aux alentours d'Anoual, devant les manœuvres d'encerclement qu'organisait Abd-el-Krim, le général ordonna le repli de ses troupes d'Igueriben, mais les troupes indigènes se joignirent aux assaillants et des 300 Espagnols qui occupaient la garnison, seuls 25 survécurent.
Lorsque le général Silvestre s'aperçut de la faiblesse de sa position les événements se précipitèrent. Il réunit 4500 hommes à Melilla – parmi lesquels se trouvait Celesto Fernandez – et, ignorant toutes les mises en garde, y compris celles du commandant Bénitez, l'un de ses commandants de bataillon les plus aguerris, il marcha sur Anoual. Impatient, harcelé par les Maures, ne voulant pas attendre l'arrivée des renforts, le général ordonna une retraite précipitée. Lorsqu'il reçut l'ordre du sauve-qui-peut, le commandant Bénitez se mit au garde-à-vous, regarda le général droit dans les yeux et lui répondit : « Les officiers et les soldats meurent à cause de la stupidité de Votre Excellence, général, mais ne se rendent pas. »
Profitant du désordre, les troupes indigènes se mutinèrent provoquant la débandade des Espagnols qui se repliaient sur Melilla. Le commandant Bénitez ne se rendit pas et entraîna dans la mort le gros de son bataillon. Quant au général Silvestre, nul ne sut s'il s'était suicidé ou s'il avait suc-combé aux mains de l'ennemi, mais son corps ne fut jamais retrouvé.
Le désastre militaire d'Anoual causa la perte de plus de 10 000 Espa-gnols, la désertion de 5000 soldats marocains et l'anéantissement de la présence militaire espagnole dans le Rif. Celesto Fernandez fut l'un des rescapés du massacre. Melilla était bloquée par terre.
Le gouvernement dut envoyer des renforts en hâte, même des soldats payants, ce qui était un événement. Après une semaine de repos, Celesto Fernandez fut incorporé au contingent de 1300 hommes que le général Navarro forma pour défendre Monte-Arruit. Targuesit tomba le jour de leur départ. Zeluan tomba le 3 août et plus de 500 soldats furent massacrés. Le 9 août le général Navarro capitula et, en octobre, la contre-offensive commença. Le 21, Monte-Arruit fut repris : des milliers de cadavres pourrissaient au soleil. Les journaux publiaient des photographies ; l’indignation montait tous les jours contre les chefs et on exigeait la punition des responsables. Les militaires accusaient les juntes du dé-sastre ; les partis d’opposition demandaient l’abandon du Maroc, mais l’Armée demandait la revanche. La Cierva, ministre de la Guerre envoya Picasso au Maroc comme inspecteur, pour décider des responsabilités. Les juntes protestèrent ; le Roi essaya de les dissoudre, mais en vain. La Cierva dut se contenter de réorganiser l’infanterie.
Ce n'est qu'en janvier 1923, un an et demi plus tard, que les prisonniers de Monte-Arruit, parmi lesquels se trouvait Celesto Fernandez, furent rachetés par le gouvernement pour quatre millions de pesetas à Abd-el-Krim. Ce succès valut un grand prestige au général Miguel Primo de Rivera qui avait mené les négociations.
En août Abd-el-Krim porta une nouvelle attaque provoquant des combats meurtriers. Les troupes espagnoles qui attendaient leur embarquement à Málaga se révoltèrent. Il y eut des officiers tués. Les partis d'opposition réclamaient l'abandon du Maroc. En Espagne, l'affaire marocaine faisait grand bruit et occupait la une des journaux. Un grand débat venait de s'ouvrir aux Cortes pour déterminer les responsabilités de la défaite d'Anoual.
Devant tant échecs, les militaires ne toléraient plus l'autorité des civils ; ils organisaient des réunions, faisaient des discours… Le ministre interdisait les manifestations et réunions d'officiers…
Le peuple voulait connaître les responsables de la débâcle d'Anoual et de Monte-Arruit. Le Roi risquait d'être compromis. N'avait-il pas nommé à la tête de l'armée du Maroc, un général incompétent contre l'avis de l'état-major ? Une commission d'enquête venait d'achever ses travaux et allait publier son rapport. Tout le monde savait qu'elle faisait d'Alphonse XIII le principal responsable. Les Cortès devaient se réunir quelques jours plus tard pour en débattre. Le 13 septembre 1923 commença à Barcelone un mouvement, dirigé par le général Miguel Primo de Rivera, qui s’étendit à de nombreuses garnisons. Le Roi refusa de mettre Primo de Rivera hors la loi, accepta la démission du gouvernement et autorisa la formation d’un Directoire militaire. C’est ainsi que s’installa en Espagne un gouvernement copie conforme du fascisme italien.

 

08:54 Écrit par Astur | Commentaires (0) |  Facebook

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