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21/06/2016

La verte colline de Santumedero

Avant de se rendre au champ de la source, Celesto fil le tour de la pe-tite exploitation. Il monta par un sentier de traverse bordé de cerisiers sauvages. Les parcelles étaient dispersées, les unes dans les travers, la plus grande sur le haut de la colline.
Il passa devant un bouquet de tilleuls où bourdonnait une multitude d'abeilles. Il s'arrêta pour les observer. Les abeilles bourdonnaient par-out. Un grand sac noirâtre autour duquel voltigeaient les abeilles en vols spasmodiques d'aller et retour pendait à l'une des branches hautes. Sur le sac, les abeilles marchaient les unes sur les autres, avançaient, régressaient, sans prendre leur envol. « Manolo a dû capturer un essaim. Il fau-dra leur donner une maison. Une ruche sous le tilleul, ce ne serait pas si mal », se dit-il.
Lorsqu'il reprit sa marche, il entendit un bruissement dans un fourré.
Il pensa : “dommage que je n'aie mon fusil. Je suis sûr qu'il y a un liè-vre dans ce fourré”. Il s'apprêtait à reprendre la marche quand il vit surgir du fourré, zigzaguant et bondissant dans les broussailles, un jeune isard. Il resta immobile pour éviter d'effrayer l'animal qui bondissait entre les ronces. Il était rare qu'un isard descende si bas. D'habitude, on les ren-contrait bien plus haut, près des hauts sommets, dans les alpages d'altitude. Sans doute s'était-il égaré.
L'isard avait la poitrine griffée de ronces, une robe entre fauve et rouge brique, les pattes fines, la tête haute surmontée de deux petites cornes recourbées vers l'arrière, des yeux d'un fauve doré, le museau noir. À la vue de l'homme, l'animal fut pris de panique et fonça sur lui, puis il fit un crochet sans s'éloigner du bosquet, ramassa ses pattes sous lui et d'un bond prodigieux disparut dans les fourrés. Remis de son émotion, Celesto reprit sa montée. Il atteignit le sommet où se trouvait la parcelle la plus haute. Il fit le tour de la parcelle puis redescendit à travers champs. Après un long détour, il arriva au champ de la source. Manolo était assis à l'ombre d'un chêne en train d'aiguiser sa faux. Lorsque Manolo l'aperçut, il se leva d'un bond et se précipita sur lui en criant :
« Hola frérot ! Comme je suis content que tu sois revenu !
– Pourquoi ? Tu avais peur que je ne revienne pas ?
– Oui. J'avais peur que tu fasses comme Paco. »
Ils se donnèrent l'accolade, puis s'assirent à l'ombre du chêne. Ils passèrent plusieurs heures à bavarder : des gelées du printemps qui avaient tué les récoltes, du mauvais état de la propriété, de la meute de loups qui sévissait dans les pacages d'altitude, de la guerre du Rif que Celesto avait du mal à évoquer...
Manolo leva la tête et regarda le soleil. Il était à son zénith. Il se leva d'un bond et s'écria :
« Frérot, j'ai une faim de loup. Je suis à la tâche depuis le lever du jour. Montons, la mère doit avoir préparé le repas. »
Ils montèrent lentement en bavardant par des chemins de traverse, commentant l'état des parcelles. Vu l’état où se trouvaient les terres, Ce-lesto comprit qu'il devait renoncer provisoirement au projet qu'il avait formé de suivre l'exemple de son frère Paco. Pas avant d’avoir remis les terres en état. Dès l'après-midi, il se mit au travail avec acharnement.
Les jours dévorés par le travail s'égrenaient les uns après les autres, s'enchaînant pour former des semaines. Au fil des jours, il s'attachait à la terre, découvrant qu'il l'aimait comme si elle faisait partie de lui-même, car il aimait la marche lente des saisons, le rythme si complexe des cultures.
Les jours de foire, il se rendait à Noreña pour traiter quelques affaires, vendre un veau, un peu de maïs reliquat de la précédente récolte, changer un outil qui avait rendu l'âme, acheter un peu d'engrais, quelques provi-sions et Tierra y Libertad – un hebdomadaire qu'un ami lui avait recom-mandé quand il était à Melilla – pour se tenir au courant des événements qui agitaient le pays.

08:33 Écrit par Astur | Commentaires (0) |  Facebook

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