Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

22/06/2016

La verte colline de Santumedero

Chapitre IV


Le journal du 14 décembre 1927 disait en première page : Chiang Kai-shek élimine les communistes. Inquiet de l’agitation révolutionnaire que les communistes entretiennent dans les campagnes par le biais d’unions paysannes, alors que les grèves se multiplient dans les ports, Chiang Kai-shek, expulse Borodine et les conseillers soviétiques de Canton, s’empare de Shanghai et de Nankin, écrase dans le sang un soulèvement communiste à Shanghai et rompt les relations diplomatiques avec la Russie soviétique.
Le journal du 14 décembre 1927 disait aussi : La crise débute au Japon par une série de faillites bancaires.
Le journal du 14 décembre 1927 disait encore : Hô Chi Minh fonde le parti communiste vietnamien.
En deuxième page le journal du 14 décembre 1927 disait : La guerre du Maroc : l’avance de Beni-Aros en Kabylie continue. La colonne Capaz se trouve en Zoco el Yebel de Tamarrout. Toutes les colonnes ont été réunies et avec ces mouvements on peut considérer la campagne de Senaya et Ketama terminée et dire que commence l’intense labeur d’organisation politique et militaire dans le territoire de Melilla.
Le journal du 14 décembre 1927 disait aussi : Terribles inondations aux États Unis. Quatre cent mille personnes sans logement.

Benigno García était un homme de grande taille et de belle prestance, surtout quand il mettait son costume de velours et son chapeau, tous deux noirs, pour se rendre à la foire de Noreña. Il avait huit enfants nés d'un premier mariage, quatre filles et quatre garçons, et deux autres filles d'un second mariage.
C'était un homme bourru et brutal avec sa maisonnée. Il ne faisait aucune différence entre ses enfants et ses animaux et n'hésitait pas à les corriger avec l'aiguillon qu'il utilisait pour mener ses bœufs. Malgré son irascibilité et sa brutalité qu'il n'utilisait qu'à l'égard des siens, il jouissait d'une grande considération dans cette région de montagne où les hommes sont rudes. C'était une espèce de petit hobereau aux mœurs médiévales. Il possédait une quinzaine d'hectares autour de La Pasera, un hameau de dix feux, campé sur un coteau situé à un kilomètre en contrebas de Santumedero. Il était dur au travail, âpre au gain, comme si à chaque instant le ciel allait lui tomber sur la tête. Il vivait d’un bout de l’année à l’autre accroché à sa terre. Cette vie difficile, outre l’endurance et la ténacité, développait chez lui des qualités plus contestables comme l’égoïsme, la méfiance et la suspicion. L’Église et le patriarcat le tenaient sous leur emprise. C’était le Moyen-âge, ou presque, dans ce pays de montagnards qui ne connaissaient que le travail, la maladie et la mort.
Du travail et du pain, du pain et du travail, il n’y avait rien de plus important. À la fin de l’été, quand les récoltes étaient engrangées, les bêtes rentrées, le bois débité, il fallait cuire le pain. Il le faisait pour six mois, après ce n’était plus possible, la coutume voulait que le pain soit cuit dans un four communal et, passé novembre, le froid, la neige et le mauvais temps interdisaient ce genre d’activités.
La difficulté était de porter le four à la bonne température. Quand il était chaud, c’était facile, il suffisait de l’entretenir, mais celui qui cuisait le pain le premier, prenait le risque d’avoir un four insuffisamment chaud. C’était la raison pour laquelle, lorsque les tas de bois étaient prêts, pour éviter les discussions et les injustices, les paysans procédaient à un tirage au sort. Chacun tirait un numéro : toi tu es le numéro un, toi le deux, toi le trois… Celui qui tirait le numéro un était de corvée. C’est celui qui devait allumer le four et le chauffer. C’était un travail très pénible. Pendant dix heures et plus, il fallait être sûr que le four était à la bonne température.
Les femmes profitaient du four pour confectionner des gâteaux, des tartes et de la boroña. Le pain devait durer tout l’hiver, on le portait au grenier, on l’étalait sur d’immenses tréteaux suspendus et on allait le chercher au fur et à mesure des besoins. Après le pain, c’était l’hiver. La neige tombait vite dans ces régions. L’hiver apportait un changement complet dans la vie des paysans, cependant, hormis la traite et le soin des bêtes, mille choses restaient à faire : réparer les harnais, entretenir les outils, affûter les lames, filer la laine. Les gens vivaient avec le jour et mangeaient tôt. Le soir après la soupe, les familles se réunissaient pour les veillées. Il y régnait une atmosphère très particulière, les femmes dans un coin, tricotant ou filant la laine, les hommes dans un autre, fumant la pipe, et les jeunes entre eux. On chantait de vieilles chansons que tous reprenaient en chœur et on racontait des histoires.

09:24 Écrit par Astur | Commentaires (0) |  Facebook

Les commentaires sont fermés.