Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

06/07/2016

La vallée noire

Chapitre II

Le journal du 15 avril 1931 titrait en première page : JOURNÉE HISTORIQUE : LE ROI S’APPRÊTE À PARTIR EN EXIL !
« Les élections de dimanche m'ont montré que je ne jouis plus de l'amour de mon peuple. Je pourrais très facilement trouver les moyens de maintenir mes pouvoirs royaux envers et contre tous, mais je suis résolu à ne rien faire qui puisse diviser mes compatriotes les uns contre les autres en une guerre civile fratricide. En conséquence, jusqu'à ce que la Nation se soit exprimée, je suspends délibérément l'usage de mes Prérogatives royales », a affirmé le monarque dans une allocution publique. La montée de la gauche contraint Alphonse XIII à s’enfuir. La proclamation de la république déclenche des émeutes séparatistes à Barcelone où l’armée établit un gouvernement catalan provisoire.
En deuxième page le journal du 15 avril 1931 disait. Les Anglais tentent un compromis avec le Mahatma Gandhi.
En dernière page le journal du 15 avril 1931 disait aussi :
Le Maudit, un chef d’œuvre de Fritz Lang. Inspiré par un fait divers, le film devait s’appeler à l’origine . Dans une grande ville un sadique assassine les petites filles. Devant l’échec des policiers, c’est la pègre qui découvre le meurtrier et le condamne à mort. Ce chef d’œuvre du début du cinéma sonore constitue le dernier grand film allemand de Fritz Lang avant son départ pour les U.S.A.

L’Espagne demeurait un pays agricole où 70% de la population active se consacrait à l’agriculture avec des moyens techniques rudimentaires, obtenant les plus faibles rendements à l’hectare de toute l’Europe, laissant en friche, faute de moyens et de connaissances, plus de 30% de la superficie cultivable. Dans l’ensemble du pays, la terre appartenait essentiellement à la classe des propriétaires fonciers, les plus terratenientes qui vivaient en parasites aux dépens d’une masse salariale paupérisée.
L’Église offrait une image conforme à celle de ce monde rural médiéval. À côté de la masse salariale qui comptait encore 45% d’illettrés, on dénombrait plus de 80000 prêtres, moines ou religieuses, autant que d’élèves des établissements secondaires. Avec ses 11 000 domaines l’Église n’était pas loin d’être le plus grand propriétaire foncier du pays. Elle dominait presque totalement l’enseignement avec des écoles confessionnelles dans lesquelles ont été éduqués cinq millions d’adultes et reflétait dans sa hiérarchie l’état d’esprit le plus réactionnaire et pro-oligarchique.
L’armée n’était pas moins caractéristique. Née à l’époque des guerres napoléoniennes, refuge de la jeune génération des classes dominantes décadentes qui attendaient tout de l’État tout en se croyant dépositaires d’une mission nationale, l’armée était une force sociale qui cherchait l’appui de la classe dirigeante et la classe des officiers tenait plus qu’à tous ses autres privilèges à celui de s’emparer des prébendes de l’État par un coup d’État militaire.
Dans le cadre du marché mondial, l’Espagne n’était qu’une semi-colonie, n’offrant que des produits de son agriculture ou de ses mines en échange de produits industriels étrangers, largement ouverte aux capitaux étrangers qui avaient colonisé, en quelques décennies, tous les secteurs rentables : les mines, le textile, la construction navale, l’énergie hydroélectrique, les chemins de fer, les tramways, les télécommunications. Il n’existait pas de véritable bourgeoisie capitaliste : les actions bancaires et industrielles étaient réparties entre les mains des sociétés étrangères et des plus importants propriétaires fonciers.
Le 12 avril l’Espagne votait pour désigner les conseils municipaux. Depuis plus d’une année, le général Primo de Rivera qui gouvernait en dictateur depuis 1923, était parti, congédié par le roi Alphonse XIII qui ne lui avait pas ménagé son appui. Il le remplaça par le général Berenguer, puis par l’amiral Aznar qui organisa les élections municipales pour donner au régime, fragile, durement secoué par la crise et un mécontentement général, une certaine base. Si le Roi a néanmoins pris le risque d’appeler aux urnes et de promettre les garanties constitutionnelles suspendues sous la dictature, c’est qu’il espérait que les structures espagnoles traditionnelles, le règne des caciques, donneraient la victoire électorale aux candidats monarchistes. Or, à la surprise générale, ces élections municipales constituèrent un véritable raz-de-marée électoral : participation au vote exceptionnellement élevé, majorité écrasante pour les républicains dans toutes les grandes villes, et d’abord à Madrid et Barcelone. Le principal conseiller du roi, le comte Romanones, un des plus gros propriétaires fonciers du pays, tirait le premier les conclusions politiques de ces élections : le Roi doit s’en aller.

09:41 Écrit par Astur | Commentaires (0) |  Facebook

Les commentaires sont fermés.