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01/07/2017

la vie commence de l'autre côté du désésespoir

“Il savait que sa petite ferme ne permettrait pas de nourrir plusieurs familles lorsque ses garçons seraient mariés. Aussi avait-il permis à ses deux aînés, Paco et Celesto, d’aller à l’école bien qu’elle se trouvât dans la vallée et qu’ils perdaient toute la journée. Ils trayaient les vaches et nettoyaient l’étable le matin et le soir, avant de partir et au retour de l’école. Ils ne sont pas allés à l’école aussi régulièrement que les enfants de la ville. En hiver pour cause d'intempéries et dès le beau temps pour participer aux travaux des champs, mais ils avaient obtenu le certificat d'études primaires. Quant aux filles, quel besoin auraient-elles eu d’aller à l’école ? Elles n’auraient pas besoin d’être savantes pour se marier et avoir des enfants.
“Ses enfants avaient grandi en petits sauvageons, loin de tout confort et des bonnes manières, mais ils disposaient de la liberté des biens qu'ils ne devaient qu'au travail de leurs parents et à leur propre travail. Celesto l’inquiétait un peu. Il aimait lire les livres. Certes, il n’y en avait pas à la ferme, mais un voisin, Don Felipe – un propriétaire terrien cultivé, chose rare dans ces contrées – lui en prêtait, en dépit des objections de Manuela qui disait : « À quoi ça vous sert de lire des livres ? Les livres n'ont jamais fait pousser le maïs. Intéressez-vous aux choses de la terre. Laissez ces chimères à ceux qui n'ont pas besoin de travailler. »
“On appelait Don Felipe El Indiano, car il était revenu des Amériques après avoir gagné beaucoup d’argent, disait-on. Il devait effectivement être riche, car il achetait toutes les propriétés que les petits paysans vendaient après avoir trouvé du travail dans la vallée. Sa propriété s'étendait sur plusieurs collines. Il ne travaillait pas ses terres lui-même, il avait pour ce faire plusieurs métayers. Il résidait à Oviedo, où disait-on, il possédait plusieurs immeubles de rapport, mais il venait passer l'été dans la fraîcheur de la montagne. Il s'était pris d'amitié pour Celesto qui, disait-il, avait la capacité de faire des études. Aussi l'encourageait-il à lire les livres qu'il lui apportait. Francisco savait que Celesto aurait aimé faire des études.
« Pour quoi faire, disait Manuela. Tu as déjà un diplôme. Que veux-tu faire de toutes ces connaissances qu'on apprend dans les grandes écoles et qui ne servent qu'aux riches ? Quel besoin as-tu de faire des études pour travailler la terre ?
‒ Pour mieux comprendre comment s'est formé l'univers, la terre, le ciel, les étoiles, comment fonctionne le monde ! avait-il répondu.
‒ Foutaises », avait dit Manuela.
“Celesto était un rêveur qui aimait la solitude. Souvent, les soirs d'été, quand toute la terre se colorait de teintes flamboyantes du soleil couchant si excitantes pour l'imagination, il sentait monter en lui comme l'attente de quelque chose qu'il ne connaissait pas. Et en rentrant à la maison, il était tout mélancolique. Francisco ne savait que penser. Faire des études coûte cher et de toute façon il n'a pas les moyens de les payer. À quoi ça pouvait-il conduire les études ? À gratter du papier dans un bureau où la lumière n’entre que par une petite fenêtre ? Mieux valait travailler la terre et respirer l'air pur de la montagne.
“Ses enfants n'allaient pas l'église. Pas seulement parce qu'il fallait aller à Noreña pour assister à la messe. Francisco ne les avait pas fait baptiser. Il estimait que la religion n'avait rien à leur apprendre. Ils n'avaient pas besoin de savoir qu'il ne faut pas voler : tout chez eux était en commun, ni être intempérants ayant une nourriture frugale, ni mentir n'ayant rien à dissimuler. Il ne les a jamais effrayés en leur disant que Dieu punissait les enfants qui n'allaient pas à l'église tous les dimanches, comme l'affirmaient quelques vieilles bigotes. Ses enfants vivaient en solitaires et bénéficiaient d'une grande liberté et de la vie au grand air. Ils connaissaient les joies des grandes randonnées dans les landes couvertes de bruyères, de genêts, de fougères, émaillées de fleurs multicolores. La seule chose qu'il avait essayé de leur inculquer, c'est l'amour de la terre, et il n'était pas sûr d'avoir réussi.”

08:58 Écrit par Astur | Commentaires (0) |  Facebook

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