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30/08/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

Kankan était une ville très ancienne, mais on ne connaissait que son histoire récente. Au XIXe siècle, les marchands Malinkés dominaient les circuits commerciaux. Ils échangeaient le sel, les noix de cola, puis les esclaves, contre des produits européens et des fusils. À partir de 1870, Samory Touré, originaire de la région, créa un empire englobant la Guinée orientale, dont la capitale, Bissandougou, se trouvait au sud de Kankan. Né dans une famille de commerçants Malinkés, Samory Touré s’appuya d’abord sur des populations encore largement animistes pour combattre l’influence des chefs musulmans. Puis, changeant de stratégie, il voulut islamiser de force des populations animistes, provoqua leur révolte et les combattit durement. Vainqueur, il assit son autorité sur le Toron, s’installa à Bissandougou et prit le titre de fama. Après avoir imposé sa loi et sa religion, Samory Touré s’empara de Kankan, captura les chefs Séré Béréma et Saghadjigi, prit le titre d’almamy , enrôla les vaincus dans son armée et se présenta en défenseur de l’Islam. La ville s’imposa alors comme la grande métropole du Haut Niger. Samory Touré s’opposa pendant sept longues années à la pénétration des troupes françaises, mais malgré sa farouche résistance, Kankan fut prise par les troupes commandées par le colonel Archinard en 1891. En 1898, Samory Touré fut capturé par le commandant Gouraud et exilé au Gabon.
Quelques jours plus tard, José écrivit la même lettre à sa mère et à Antonio Rinaldo :

« Kankan, le 26 janvier 1949
Voici la ville où je vais vivre quelque temps ; elle est établie sur la rive gauche du Milo à l’endroit où cet affluent du Niger devient navigable. Je découvre ici un monde nouveau, un dépaysement complet. D’abord en raison des paysages et des hommes si différents de ce nous connaissons et, aussi, de la chaleur torride que j’ai trouvée à mon arrivée : trente-huit degrés à l’ombre ! Il faut que je te dise que nous sommes ici en saison sèche, c’est-à-dire, l’été. Il n’y a ici que deux saisons, la saison sèche et la saison des pluies qu’on appelle aussi hivernage et qui débutera en juillet. Autant dire que les saisons sont inversées par rapport à chez nous.
Ensuite le cadre où je vis depuis une semaine : une ville d’une vingtaine de milliers d'habitants, très étendue, située dans une plaine au milieu de la savane. Imagine une immense prairie légèrement boisée, avec des herbes de deux mètres de haut, sèches comme de la paille en cette saison, en partie brûlée par des feux de brousse que les bergers allument pour se débarrasser de cette végétation non comestible et faire pousser de l’herbe fraîche pour leur bétail.
À Kankan les rues en latérite sont tracées en damier dans le quartier commercial ; derrière les caniveaux, implantés en quinconce, deux rangées de manguiers à l’épaisse frondaison d’où pendent une multitude de mangues dorées recouvrent la rue d’une ombre protectrice ; les rues sont bordées de maisons en parpaings de ciment ou de latérite séchée, couvertes de tôle ondulée, attenantes les unes aux autres, aux façades sales et ocres, ouvertes sur des vérandas, antichambre de boutiques sombres, dont elles sont le prolongement.
Une foule bigarrée, grouillante, circule dans ces vérandas, encombrées de petits tabliers remplis d’oranges, de bananes, d’ananas, de noix de cola, de cacahouètes ou d’ustensiles, de tissus colorés. Entre les tabliers et les machines à coudre, les gens circulent, s’arrêtent, marchandent, achètent, repartent : un vrai souk.
Au centre de la ville se trouve la gare, terminus de la ligne de chemin de fer Conakry-Kankan. Près de la gare, au milieu d’un grand parc ombragé, se trouve son traditionnel buffet, une grande bâtisse de style colonial avec une façade à colonnades blanches, une large véranda surmontée d’un balcon aux balustres finement moulés et un grand vestibule d’entrée où s’élèvent deux escaliers monumentaux dessinés en arcs de cercle pour accéder à l’étage, où descendent les voyageurs, qu’ils viennent par train ou par avion. Lieu de rencontre des Européens lorsqu’ils ne vont pas au Cercle. Autant dire que c’est le lieu le plus animé de la ville, pour les Blancs, bien sûr.
À l’écart du centre, à proximité du Milo (un affluent du Niger), se trouve le quartier résidentiel aux belles villas, aux rues bordées de flamboyants parés de magnifiques fleurs rouges. Il est habité exclusivement par des Blancs, fonctionnaires, banquiers, transitaires ou gros commerçants. Le Cercle européen, une sorte de club privé réservé aux Blancs, se trouve à l’écart, sur la rive gauche du Milo. On s’y rend pour se détendre, rencontrer des amis, jouer au tennis, au ping-pong, au bridge, emprunter un livre à la bibliothèque ou simplement dîner en écoutant de la musique.
Le quartier indigène enserre, presque de tous côtés, le quartier européen, le centre commercial et le centre administratif. Dans ce quartier, où l’habitat est constitué de cases rondes ou rectangulaires construites en banco – un matériau d’argile séché au soleil –, aux toits de paille, y est plus dense ; il est très mal desservi par des ruelles sinueuses, généralement très étroites et difficilement carrossables.
Je ne peux pas encore te parler de ce que sera ma vie ici. C’est trop tôt pour me faire une idée. Mais déjà, je suis sûr d’avoir trouvé ces grands espaces dont j’ai toujours rêvé. »

09:31 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

29/08/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

La concession était clôturée par une haie d’euphorbes doublée d’une rangée de sisal aux lames épaisses et charnues, hérissées de pointes acérées. Un jeune garçon tirait de l’eau d’un puits qui semblait profond au vu de la longueur de corde utilisée. Un bouquet de papayers et quelques cocotiers entourés de maigres touffes de citronnelle étaient les seules verdures de la concession. La case, une grande bâtisse rectangulaire en pierres de latérite, couverte de tôles ondulées, était flanquée de deux vérandas éclairées par des persiennes. Côté cour, la véranda était aménagée en bureau de dessin, côté jardin en salon tapissé de bougainvillées. Derrière la maison se trouvait une petite bâtisse qui servait de cuisine et de réserve à provisions.
Six hommes et une femme prenaient l’apéritif dans la véranda-salon. Un homme d’une cinquantaine d’années, au visage anguleux, brûlé par le soleil, grand et sec, se leva et fit les présentations :
« Ma femme, Vuillemin, Hameur, Dieng, Bastian que vous connaissez déjà, et moi-même, Mourer, chef de mission. Deux autres agents, Foucaud et Berger, sont sur la route de Nzérékoré. »
Pendant le déjeuner, on lui posa quelques questions sur son voyage, puis le chef de mission lui fit un exposé sur l’organisation de la mission, énuméra les projets en cours et définit son rôle au sein de l’équipe.
Piloté par Bastien, José Fernandez passa l’après-midi à visiter la ville. Kankan était une ville très étendue qui comptait à l’époque quelque vingt-cinq mille habitants. Au centre de la ville, dans un quartier sale et bruyant, se trouvaient les établissements de commerce, le marché de plein-air, la gare terminus de la ligne Conakry-Kankan avec son traditionnel buffet. Alignées de part et d’autre de la rue principale, d’affreuses bâtisses en banco aux toits de tôles, aux façades couleur de latérite, tenaient lieu de magasins où l’on vendait de tout : tissus, quincailleries, cantines, valises, vivres, pharmacie, journaux, livres...
Les boutiques ouvraient sur des galeries marchandes encombrées de tailleurs et de petits marchands à l’éventaire vendant des objets divers en ivoire, des ustensiles, des tissus, des cigarettes, des fruits, des légumes... Les fruits : cacahuètes, bananes, oranges, pamplemousses et mangues, étaient vendus par petits tas. Les cigarettes étaient vendues à la cartouche, au paquet ou à la pièce, selon les disponibilités de l’acheteur. Entre les tabliers et les machines à coudre, une foule de passants, de chalands, de flâneurs circulait, s’arrêtait, marchandait, achetait, repartait.
Les rues étaient bordées de larges caniveaux bétonnés remplis de détritus et de pneus usagés. Derrière les caniveaux, implantés en quinconce, deux rangées de manguiers, à l’épaisse frondaison, d’où pendait une multitude de mangues dorées, recouvraient la rue d’une ombre protectrice. Loin du centre, à proximité du Milo, se trouvait le quartier résidentiel aux larges avenues, bordées de flamboyants. Le long des allées, au milieu de pelouses d’un vert tendre, de coquettes villas disposées en quinconce derrière une clôture, avec sur le côté une petite porte en fer forgé et au milieu un portail pour les voitures, donnaient une impression de confort, de calme et de fraîcheur. Le quartier administratif, où se trouvaient les bâtiments officiels, faisait tampon entre le centre commercial et le quartier européen. Quant au quartier indigène, extrêmement étendu, mal desservi par des ruelles ravinées, à peine carrossables qui s’insinuaient entre les cases, se trouvait à l’écart.

09:49 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

La concession était clôturée par une haie d’euphorbes doublée d’une rangée de sisal aux lames épaisses et charnues, hérissées de pointes acérées. Un jeune garçon tirait de l’eau d’un puits qui semblait profond au vu de la longueur de corde utilisée. Un bouquet de papayers et quelques cocotiers entourés de maigres touffes de citronnelle étaient les seules verdures de la concession. La case, une grande bâtisse rectangulaire en pierres de latérite, couverte de tôles ondulées, était flanquée de deux vérandas éclairées par des persiennes. Côté cour, la véranda était aménagée en bureau de dessin, côté jardin en salon tapissé de bougainvillées. Derrière la maison se trouvait une petite bâtisse qui servait de cuisine et de réserve à provisions.
Six hommes et une femme prenaient l’apéritif dans la véranda-salon. Un homme d’une cinquantaine d’années, au visage anguleux, brûlé par le soleil, grand et sec, se leva et fit les présentations :
« Ma femme, Vuillemin, Hameur, Dieng, Bastian que vous connaissez déjà, et moi-même, Mourer, chef de mission. Deux autres agents, Foucaud et Berger, sont sur la route de Nzérékoré. »
Pendant le déjeuner, on lui posa quelques questions sur son voyage, puis le chef de mission lui fit un exposé sur l’organisation de la mission, énuméra les projets en cours et définit son rôle au sein de l’équipe.
Piloté par Bastien, José Fernandez passa l’après-midi à visiter la ville. Kankan était une ville très étendue qui comptait à l’époque quelque vingt-cinq mille habitants. Au centre de la ville, dans un quartier sale et bruyant, se trouvaient les établissements de commerce, le marché de plein-air, la gare terminus de la ligne Conakry-Kankan avec son traditionnel buffet. Alignées de part et d’autre de la rue principale, d’affreuses bâtisses en banco aux toits de tôles, aux façades couleur de latérite, tenaient lieu de magasins où l’on vendait de tout : tissus, quincailleries, cantines, valises, vivres, pharmacie, journaux, livres...
Les boutiques ouvraient sur des galeries marchandes encombrées de tailleurs et de petits marchands à l’éventaire vendant des objets divers en ivoire, des ustensiles, des tissus, des cigarettes, des fruits, des légumes... Les fruits : cacahuètes, bananes, oranges, pamplemousses et mangues, étaient vendus par petits tas. Les cigarettes étaient vendues à la cartouche, au paquet ou à la pièce, selon les disponibilités de l’acheteur. Entre les tabliers et les machines à coudre, une foule de passants, de chalands, de flâneurs circulait, s’arrêtait, marchandait, achetait, repartait.
Les rues étaient bordées de larges caniveaux bétonnés remplis de détritus et de pneus usagés. Derrière les caniveaux, implantés en quinconce, deux rangées de manguiers, à l’épaisse frondaison, d’où pendait une multitude de mangues dorées, recouvraient la rue d’une ombre protectrice. Loin du centre, à proximité du Milo, se trouvait le quartier résidentiel aux larges avenues, bordées de flamboyants. Le long des allées, au milieu de pelouses d’un vert tendre, de coquettes villas disposées en quinconce derrière une clôture, avec sur le côté une petite porte en fer forgé et au milieu un portail pour les voitures, donnaient une impression de confort, de calme et de fraîcheur. Le quartier administratif, où se trouvaient les bâtiments officiels, faisait tampon entre le centre commercial et le quartier européen. Quant au quartier indigène, extrêmement étendu, mal desservi par des ruelles ravinées, à peine carrossables qui s’insinuaient entre les cases, se trouvait à l’écart.

09:48 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook