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04/09/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

La région forestière


Courant mars José et Bastian furent affectés à l’étude d’un tronçon de route en région forestière. Ils partirent à bord d’une jeep transformée en camionnette tandis que M. et Mme Lutz, arrivés la veille en tournée d’inspection, les précédaient à bord d’un 4 x 4 Dodge.
Aux environs de midi, ils firent une halte à Kérouané pour se sustenter. Dans le village, ils furent accueillis au son du balafon d'un groupe de musiciens ambulants. Ils s’assirent sur un banc et écoutèrent quelques morceaux, puis ils demandèrent où se trouvait le caravansérail.
Le caravansérail se trouvait dans une grande concession plantée de manguiers à la sortie du village. Une grande case ovale, formée d’un muret de quatre-vingts centimètres de haut et d’un toit de chaume posé sur six troncs d’arbre, faisait office de restaurant. Ce type de construction, conçu pour permettre la circulation de l’air, assurait une agréable fraîcheur.
En retrait, dispersées au milieu des manguiers, quelques paillotes rondes de dimensions plus modestes, pompeusement appelées bungalows, accueillaient les voyageurs qui se laissaient surprendre par la nuit ou qui, harassés de fatigue, n’avaient pas le courage de poursuivre leur route jusqu’au terme de leur voyage qui ne pouvait être que Kankan d’un côté, Nzérékoré ou Macenta, de l’autre.
Ils furent accueillis par M. Karamoko et Ma petite Tonkinoise chantée par Joséphine Baker et diffusée à tue-tête par un gramophone.
M. Karamoko, qui se disait descendant du grand guerrier Samory Touré, gérait avec ses frères les caravansérails de Kérouané et de Macenta, autant de lieux que tout voyageur est appelé à fréquenter un jour ou l’autre par la force des choses. M. Karamoko leur proposa son menu traditionnel : avocat vinaigrette, poulet au riz et ananas. Bien que José s’y soit arrêté maintes fois ultérieurement, il n’y a jamais mangé autre chose.
Ils reprirent la route après le repas. À mesure qu’ils avançaient, la savane cédait la place à la forêt. Lorsqu’ils eurent dépassé Beyla, la tôle ondulée latéritique se fit plus rare puis disparut laissant la place à une route limoneuse, plus humide, avec des ornières profondes. Les grands espaces herbeux cédaient la place à de hautes futaies couronnées d’épaisses frondaisons qui bornaient l’horizon à l’obscur sous-bois de la forêt, au ruban ocre brun de la route et à une étroite bande du ciel qui s’assombrissait à mesure que la nuit tombait.
Leur vitesse n’augmentait pas pour autant. La tôle ondulée avait disparu, mais le tracé devenait plus sinueux, le terrain plus accidenté, les côtes plus raides, la visibilité plus réduite.
José scrutait la piste balayée par les phares espérant voir jaillir quelque animal sauvage. En vain. Ils traversaient des villages éclairés par des lampes à huile posées sur de petits tabliers où s’entassaient de petits monticules de mangues dorées, de bananes, d’oranges, d’arachides, quelques calebasses de vin de palme, à l’attention de quelque voyageur qui souhaiterait tromper sa faim ou sa soif avant d’arriver à destination ou qui tomberait en panne à proximité.
Quand ils arrivèrent à Nzérékoré, il faisait nuit. La lune, ronde et joufflue, jouait à cache-cache avec les nuages. L’entrée de la ville ressemblait à un gros village. Les paillotes, entassées, formaient des silhouettes sombres qui se détachaient sur un ciel blafard. Les échoppes alignées sur les côtés de la route, éclairées par des lampes à huile, les petits tabliers noyés dans la pénombre à peine éclairés par la lueur d’une boutique voisine, donnaient un peu de vie à l’entrée de la ville. Il leur fallut atteindre le centre pour rencontrer les premières maisons en dur, les premiers éclairages électriques alimentés par des groupes électrogènes.

Nzérécoré

Nzérékoré.jpg

09:41 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

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