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05/09/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

Le caravansérail se trouvait à proximité du Camp militaire
et des bureaux du cercle administratif. Le bâtiment, en pierres de latérite, couvert de tôles ondulées avec de larges vérandas, n’avait d’oriental que le nom.
Ils furent accueillis par une grande femme blonde d’une quarantaine d’années, dotée d’une poitrine opulente qui leur offrit un sourire commercial en guise de bienvenue. Pendant que la gérante leur parlait, elle montra d’un geste bref les véhicules aux boys qui se précipitèrent pour décharger les bagages. Pascal et Bertrand, deux autres membres de l’équipe déjà installés à Gwéké, un village situé à une quarantaine de kilomètres de Nzérékoré, les attendaient au bar en buvant un apéritif.
Ils étaient recouverts d’une épaisse poussière de latérite et ressemblaient à des Peaux-Rouges. Après une douche, les boys leur servirent à dîner sur la terrasse qui donnait sur un petit lac situé derrière le caravansérail. La surface lisse de l’eau reflétait une lune couleur de miel et une constellation d’étoiles. La température était plus fraîche qu’à Kankan et le cadre idyllique. Cet agrément fut de courte durée. Attirés par la lumière, une nuée d’éphémères, ces termites ailés qui convolent par couples avant de se reproduire se mirent à tournoyer autour de la table et à percuter les lampes à pression, avant de choir sur leurs assiettes.
Lorsqu’ils se levèrent, un groupe d’enfants venu d’on ne sait où se précipita sur le monceau d’éphémères chus au pied des lampes après s’être brûlé les ailes. Ils ramassaient les insectes avec précipitation, craignant qu’on les fasse partir avant d’amasser leur butin. José demanda au boy :
« Pourquoi ramassent-ils ces insectes ?
– Pour les manger, patron.
– Tu manges les insectes ?
– Oui, patron. Les termites grillés c’est très bon, c’est comme des grains de riz bien tendres frits dans l’huile !
– Les indigènes sont très friands de toutes sortes de larves et de chenilles, renchérit la gérante. Les termites sont des réservoirs de protéines pour eux. »
Le lendemain, José prit son filet à papillons et son flacon de cyanure et partit chasser les insectes inconnus. José retrouvait des joies d’enfant. Il fit le tour du lac. C’était un lac magnifique bordé de palmiers, de manguiers et de flamboyants fleuris. Il fut accompagné tout le long de sa promenade par des roucoulements de tourterelles, des piaillements d’oiseaux et une multitude de papillons multicolores qui tourbillonnaient autour de lui. Il poursuivit un beau longicorne vert pré, aux élytres damasquinés, zébrés, couverts plus foncées ou plus pâles, la tête très large, armée de mandibules-tenaille ; sur le point de le faire entrer dans le flacon de cyanure, le papillon lui échappa et s’envola aussitôt. Il s’empara de quelques beaux papillons porte-queue, jaune soufré, maculés de noir et d’autres lamés d’azur, puis il s’enfonça dans la forêt. De grands papillons inconnus naissaient devant ses pas, le précédaient d’un vol fantasque dans le sentier sinueux, puis se perdaient dans l’entrelacs de lianes où il ne put les atteindre avec son filet. Il y en avait d’énormes et il enrageait de ne pouvoir les saisir. Il en captura quelques-uns, mais les plus surprenants lui échappaient. Ce petit coin de forêt lui parut plus beau que tout ce qu’il avait vu. Il arriva à un contrebas inondé ; l’eau noire doublait la profondeur de la voûte ; un chant d’oiseau jaillit des profondeurs de l’ombre, lointain, tout chargé d’ombre, de toute l’ombre de la forêt. Il emprunta un chemin qui s’enfonçait sous une futaie très haute. Le tronc des arbres qui dépassaient le taillis apparaissait dans toute sa noblesse. Ils étaient extraordinairement plus hauts que les arbres d’Europe qu’il connaissait. Nombre d’entre eux portaient, au point d’épanouissement de leur ramure, d’énormes fougères vert pâle, semblables à des oreilles d’éléphant. Tout le long du chemin, des groupes d’indigènes s’empressaient vers la ville, portant sur la tête les produits de leur village : manioc, farine de mil, patates douces, dans de grands paniers recouverts de feuilles. À son passage, tous ces gens se mirent au garde-à-vous et firent le salut militaire, puis poussèrent des grands cris et des éclats de rire.

09:23 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

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