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06/09/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

La forêt sacrée


Le lendemain, Bastian et José partirent au lever du jour pour Boola, un gros village situé à quatre-vingt kilomètres de Nzérékoré. Ils y arrivèrent deux heures plus tard. Le chef de village les accueillit sur la place principale où les palabres prennent toute leur place. Il fit apporter des chaises et la palabre commença. Pendant qu’ils procédaient aux salamalecs d’usage, un villageois apporta deux grandes calebasses de vin de palme qui, de convive en convive, fit plusieurs fois le tour de l’assemblée. André Bastian expliqua au chef les travaux qu’ils allaient faire et, après la cérémonie, le chef les accompagna jusqu’à la concession qu’il avait fait aménager pour eux. Devant la concession, un groupe de vieilles femmes au cou enflé de goitre, portant des flèches d’argent fichées dans les cheveux et des anneaux torsadés aux chevilles, dansait sans conviction pour saluer leur venue.

La concession, close d’une haie d’euphorbes, comprenait quatre cases et une petite hutte où se trouvaient les latrines, une salle de bains de plein air ‒ quelques nattes fixées à des pieux plantés en rond sur une épaisse couche de gravier avec un petit mat au milieu muni d’un crochet pour y suspendre le seau-douche. Pour chasser cafards, chiques, scorpions et autres vermines, le chef avait fait désinfecter les cases par l’application d’un enduit composé d’un mélange de kaolin et de bouses de vache qui dégageait une odeur très désagréable.
Ils aménagèrent la plus grande case en salle à manger, deux autres cases en chambres à coucher et la quatrième fut attribuée à Sékou qui en fit sa cuisine. Pour l’éclairage, ils disposaient d’une lampe à pression qui distribuait une luminosité comparable à celle d’une lampe électrique, à condition de maintenir la pression par un pompage régulier, qu’ils installèrent dans la salle à manger, et d’une lampe-tempête pour chaque case.
Le soir, ils assistèrent aux festivités données en leur honneur. Des femmes et des hommes de tous âges dansaient aux sons des tam-tams, balafons, cornes de bœuf, flûtes et sifflets. Les femmes se relayaient, jouant tantôt le rôle de spectatrices en faisant la claque, tantôt le rôle de danseuses. Le chœur, dirigé par une grosse fille aux fesses rebondies, aux mamelles pendantes enduites de kaolin, chantait des mélopées improvisées, composées de phrases courtes, répétitives, plaintives. Les femmes dansaient torse nu ; les plus vieilles étaient vêtues d’un pagne noué autour de la ceinture et les plus jeunes d’un tutu en raphia et d’une profusion de perles qui soulignaient une poitrine superbe et de longues jambes de gazelle. Les jeunes filles avaient des seins si fermes qu’ils tremblotaient à peine sous leurs trémoussements effrénés. Les plus vieilles laissaient pendre leurs mamelles desséchées qui battaient la mesure au rythme de leurs mouvements. Parfois, les hommes et les femmes formaient deux rangées opposées. Leur mouvement faisait alterner les piétinements sur place et les assauts qui lançaient les partenaires les uns contre les autres et la danse se poursuivait simulant l’acte sexuel.
Chez les Guerzé, la danse accompagne tous les gestes de la vie : on danse pour accueillir un hôte ; on danse pour les mariages ; on danse pour la naissance d’un enfant ; on danse pour la récolte du riz, du sorgho ou du mil ; on danse surtout pour les morts…

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Conseil des anciens

10:06 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

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