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08/09/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

Le chef s’en alla suivi par son assemblée. Bastian décida de laisser cette section en attente et ils reprirent le tracé en aval du village. Craignant que l’incident ne se reproduise à chaque village, Bastian décida de consulter le commandant de cercle lors de leur prochain voyage à Nzérékoré.
Le voyage eut lieu quinze jours plus tard. Lorsqu’André Bastian lui exposa l’objet de la visite, l’administrateur fut formel :
« Surtout, évitez la forêt sacrée. Évitez tout incident de ce genre. L’espace de forêt dit sacrée est un lieu secret. Outre que l’esprit des ancêtres est censé y survivre, c’est un lieu d’initiation, de transmission de la culture traditionnelle. Chez les Guerzé, l’initiation est le rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. C’est un sacrement, un acte fondateur puisqu’il va séparer l’enfant de sa famille et lui permettre de fonder la sienne. Chaque année, tous les jeunes gens et les jeunes filles d’une classe d’âge, au sortir de la puberté, y subissent l’initiation qui les prépare à affronter l’âge adulte. On y fait l’apprentissage des choses de la vie et on y pratique les épreuves qui forgent le caractère. C’est dans la forêt sacrée que les garçons sont circoncis et les filles excisées. Selon la tradition, ces actes sont nécessaires à la procréation : la circoncision consacre la virilité de l’homme et les femmes l’exigent de leur mari ; les filles subissent une retraite et des épreuves qui les rendent aptes au mariage. On y pratique aussi des incisions, ces tatouages que vous avez pu remarquer et qui sont la marque identitaire de l’ethnie. La forêt sacrée est l’école de la vie. La pratique de ces rites est secrète. Aucun non-initié ne peut pénétrer dans la forêt sacrée. Croyez-moi, déplacez votre tracé et évitez de passer en force.
– Mais pour éviter la forêt sacrée, nous devrons nous éloigner du village. Le but principal d’une route, n’est-il pas de desservir les villages ?
– Ne vous inquiétez pas, si vous déplacez la route, le village se déplacera aussi. Dans un premier temps, la route actuelle servira de bretelle de desserte, jusqu’à ce que petit à petit le village se reconstruise le long de la nouvelle route. »


La polygamie


De mars en avril, la région était sujette à de violentes tornades. Tous les jours, sur le coup de quatre heures de l’après-midi, le ciel s’assombrissait brusquement. Par moments la lumière était si diffuse qu’il semblait que la nuit tombait prématurément. Un vent violent se levait, forcissait, arrachait sur son passage arbres, poteaux télégraphiques, toits de paille, soulevant des nuages de poussière qui montaient en vrille dans le ciel, hurlant et sifflant à travers la forêt. Des éclairs brillaient dans le ciel gris ; des coups de tonnerre grondaient et couraient à la lisière de la forêt pendant que la foudre fendait un arbre ici et là. Puis, aussi soudainement qu’il avait forci, le vent s’essoufflait. La pluie tombait alors en nappes verticales, formant un mur d’eau, tandis que le tonnerre roulait dans la plaine et que les collines étaient éclairées par des jaillissements de lumière. Pendant cette période, Bastian et José s’arrangeaient pour être de retour au village avant l’orage, mais parfois ils étaient surpris en route et rentraient au village mouillés comme des sardines.
Les jours étaient rythmés par le travail des femmes et des enfants, pendant que les hommes chassaient ou palabraient inlassablement sur la place du village. Les enfants débroussaillaient les parcelles, malaxaient le banco destiné à la construction des cases, pilaient le grain, gardaient le bétail. Les femmes préparaient les repas et travaillaient la terre. Dès les premières pluies, elles allaient avec leurs petites houes remuer superficiellement la terre, la rehaussaient, plantaient le manioc, la patate douce, l’arachide, le riz, le mil…

08:54 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

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