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10/09/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

Le soir, le village vivait au rythme des tam-tams et des danses. Tout était prétexte à réjouissances. C’était une coutume de vénérer la lune. Quand la nouvelle lune faisait son apparition, le village organisait une grande fête. Les gens pensaient que la lune mourait chaque soir et renaissait le lendemain, car sous cette latitude la lune n’est absente qu’une seule nuit par cycle avant de reparaître, et c’était chaque fois l’occasion de faire la fête.
Avec le temps, le spectacle nocturne perdit son intérêt. Après quelques semaines José et Bastian n’assistaient plus aux danses nocturnes que de temps en temps, pour prendre le frais, admirer la souplesse et la beauté des jeunes danseuses ou, plus prosaïquement pour trouver une compagne pour la nuit. Ils se faisaient accompagner par Sékou qui leur servait d’entremetteur. Il leur amenait des femmes déjà délaissées au bénéfice d’une nouvelle épouse, jamais la favorite du moment, jamais une jeune fille. La favorite du moment était tenue de remplir ses devoirs conjugaux et d’attendre pour folâtrer d’être à son tour délaissée. Quant aux jeunes demoiselles, promises dès l’enfance, parfois dès leur naissance à quelque riche propriétaire, elles devaient rester vierges jusqu’au mariage.
En règle générale, la prééminence de la première épouse ne faisait pas d’elle la favorite. Elle pouvait être sexuellement délaissée au profit d’une coépouse plus jeune ou plus jolie, voire moins respectée qu’une mère plus féconde, mais elle conservait un statut socialement privilégié qui lui conférait certains droits par rapport aux autres femmes du foyer.
Dans ces contrées, où la femme est mutilée par l’excision, l’acte érotique est plus orienté vers la reproduction et le plaisir du mari que pour le plaisir de la femme. On explique la pratique de l’excision qui facilite la reproduction sans passer par l’orgasme, par la polygamie, et la coutume fréquente de mettre une femme à la disposition d’un hôte honoré, de mécanisme de correction de la polygamie…
La polygamie était la source d’une grande injustice. Les vieillards opulents dont le bétail était nombreux, fussent-ils immensément laids ou difformes, épousaient les plus belles filles du village, tandis que les jeunes gens sans bétail, c’est-à-dire sans fortune, étaient obligés de se passer d’épouse ou de convoiter les épouses délaissées de ceux qui en avaient plusieurs.
En pays Guerzé, la polygamie était acceptée par les femmes. Quand on leur disait qu’en Europe les hommes n’ont qu’une seule épouse, elles répondaient qu’un homme bien né se devait d’avoir plusieurs épouses pour montrer sa richesse, et quand on ajoutait qu’en Europe les jeunes filles se mariaient pour rien, sans dot, elles s’exclamaient : « Quelle horreur ! Et les parents, n’avaient-ils pas honte de donner leur fille pour rien ? Et les jeunes filles, que faisaient-elles de leur honneur ? De leur virginité ? » Et elles affirmaient qu’elles ne voudraient pas vivre dans un pays qui ne respecte pas la richesse du mari et qui brade la virginité des jeunes filles à marier !

15:07 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

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