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17/09/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

L’incendie


Tous les samedis soir, José et Bastian allaient passer la soirée avec leurs camarades à Gwéké. Ce soir-là, au moment de partir André Bastian se rappela que le réservoir était presque vide. José prit une lampe-torche et s’aperçut que les piles étaient mortes. Il prit la lampe-tempête l’alluma et monta à l’arrière du véhicule. Le réservoir se trouvait derrière la cabine, sous la bâche. Bastian commença à verser l’essence dans le réservoir. Conscient du risque d’incendie, José se tenait à distance. Bastian, bougonnait :
« Je ne vois rien, bon sang ! Approche-toi donc ! »
José s’approcha prudemment mais Bastian continuait à râler :
« Éclaire-moi bon sang !… Approche-toi, baisse ta lampe, je ne vois pas si je verse dans l’entonnoir. »
José s’approcha encore un peu. Il voyait l’essence s’éclater en minuscules gouttelettes sur l’entonnoir et mourir sur le verre de sa lampe. Subitement, les gouttelettes s’enflammèrent et le feu se propagea à la vitesse de l’éclair ; ils se trouvaient piégés sous la bâche. Pris de panique, Bastian jeta son jerrican à l’extérieur du véhicule. Au passage, le jerrican arrosa José d’essence et le feu l’enveloppa. José jeta la lampe dehors et, les vêtements en flammes, sauta du véhicule et se roula dans l’épaisse couche de latérite poudreuse. Bastian plongea derrière lui. Ils se roulèrent par terre pour éteindre les flammes qui les embrasaient. Cela ne dura que quelques minutes, mais que les minutes sont longues quand on est en enfer !
La bâche était en feu. Les flammes s’élevaient, frôlant le toit de la paillote près de laquelle le véhicule était garé. Les paillotes étaient si serrées que si l’une brûlait, la moitié du village aurait pris feu. Les habitants accouraient en poussant des cris. Le tam-tam retentissait lugubrement. Les femmes criaient hystériquement. Bientôt le véhicule fut entouré d’une chaîne humaine : les uns jetaient de l’eau, les autres de la terre pour éteindre les flammes avec des seaux, avec des calebasses, dérisoirement. Quand la bâche et la caisse en bois furent consumées, le feu fut enfin maîtrisé. Le réservoir n’avait pas explosé. Le village était sauvé.
Les villageois étaient très remontés contre les deux Blancs. Les hommes palabraient autour du chef de village. Les tam-tams répandaient la nouvelle aux villages voisins. Les femmes entonnaient des mélopées pour chasser les mauvais esprits. Après de longues palabres, le chef donna un ordre bref. Aussitôt les villageois, scandant des imprécations, se mirent à pousser le véhicule hors du village, en direction d’un ravin qui se trouvait de l’autre côté de la route.
Bastian, comprenant leurs intentions, sauta dans la cabine, enclencha une vitesse et démarra. Il alla garer la camionnette, ou plutôt la carcasse de la camionnette, quelques centaines de mètres plus loin, puis revint au village. Les villageois étaient très excités et manifestaient bruyamment leur colère :
« Villageois pas contents... chef pas content... chef dit machine mauvais esprit... machine vouloir brûler village... machine doit partir », leur dit l’interprète.
Les brûlures étaient sérieuses. Les parties du corps non protégées par les vêtements : jambes, bras, visage, étaient couvertes de plaies vives enduites d’une pellicule de poussière de latérite amassée en se roulant par terre. Le reste du corps souffrait de cloques et de boursouflures. Sous le feu de l’action, ils ne ressentaient encore aucune douleur. Ils prirent quelques affaires et partirent pour Nzérékoré. Le chemin leur parut long, l’air frais de la nuit avivait leurs plaies et la douleur commençaient à se faire sentir.
Quand ils arrivèrent à Nzérékoré, ils se rendirent directement au camp militaire où se trouvait le seul médecin de la ville.
Au poste de garde ils furent accueillis par le sous-officier de service :
« Bon sang ! Que vous est-il arrivé ?
– Notre véhicule a pris feu.
– Pris feu ? Comment ?
– En faisant le plein. »
Ils lui expliquèrent les circonstances de l’incendie. Le sous-officier envoya une sentinelle prévenir le médecin et les conduisit au dispensaire. Le médecin arriva rapidement. Il examina les brûlures :
« Comment est-ce arrivé ? »
Quand ils lui eurent expliqué les circonstances de l’incendie, il maugréa :
« Un comportement de gamins. Non seulement vous pouviez cramer, mais vous pouviez mettre le feu au village. Vous n’aviez pas de lampe électrique ?
– Les piles étaient mortes.
– Dans ce cas, on fait le plein dans la journée. »
Il enleva méticuleusement la croûte de latérite qui recouvrait les plaies avec un coton imbibé d’éther qui les fît énormément souffrir, les désinfecta, les badigeonna de teinture d’iode et d’huile de camphre et leur fit des bandages avec de la gaze enduite d’onguent.
« Voilà pour aujourd’hui. Vous avez des brûlures au second degré et il vous faudra rester au moins deux semaines à Nzérékoré pour que je puisse surveiller vos plaies et renouveler vos pansements. »
Il était tôt le matin quand ils réveillèrent la gérante du caravansérail pour lui demander une chambre.

09:02 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

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