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03/09/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

Carlos


C’est chez “Tarzan” que José fit la connaissance de Carlos, un planteur originaire des Canaries. Ils sympathisèrent rapidement et Carlos l’invita à lui rendre visite dans sa plantation située de l’autre côté du Milo. Lorsque le dimanche José se rendait à la plantation de Carlos, il partait tôt le matin, louait une pirogue pour traverser la rivière, et demandait au piroguier de venir le chercher le soir. La rivière était large et semée d’îles, avec à droite, quelques villages aux teintes grises, à côté d’un bouquet de rôniers ; à gauche, d’immenses étendues de sable. Des caïmans et des oiseaux aquatiques regardaient au passage de la pirogue, mollement étendus sur le sable des rives ou bien de longues jambes plantées dans l’eau, le bec à la pêche. Le long des berges, au milieu des plantes aquatiques qui seules gardaient des tons verts sous la sève, le bout de quelques petites pirogues amarrées aux branches.
Carlos habitait une grande case ronde qu’il avait construite au milieu de sa bananeraie. José trouvait chez lui le mode de vie pour lequel, finalement, il était venu en Afrique, car bien que Carlos habitât près de Kankan, il vivait en ermite avec un confort minimum : un réfrigérateur à pétrole, une lampe à pression et un gramophone étaient ses seuls luxes. Il n’avait presque aucun contact avec la colonie européenne qui, en raison de son mode de vie et de son concubinage avec une Africaine, ne le considérait pas comme un membre à part entière de sa communauté.
Carlos exploitait une bananeraie irriguée par un réseau de larges et profonds fossés alimentés par une prise qui captait l’eau en amont de la rivière. En période d’étiage, quand les eaux étaient trop basses pour alimenter les canaux par gravité, il les alimentait par des pompes à gros débit. La terre étant grasse et bien irriguée, il pouvait faire deux coupes par semaine tout le long de l’hiver européen, période propice pour la vente de ce fruit tropical.
Carlos avait deux passions, la chasse et la pêche. Il disposait d’un arsenal bien pourvu en armes de tous calibres, et d’un équipement pour la pêche au gros, car le capitaine – poisson des rivières africaines pouvant mesurer jusqu’à un mètre quatre-vingts et peser jusqu’à 90 kilos – abondait dans le Milo.
C’est Carlos qui initia José à la chasse. Il n’est pas nécessaire d’être fin tireur pour ressentir un vif plaisir à chasser. José ne tarda pas à s’en rendre compte. Sa première victime fut un pigeon suicidaire. Un pigeon perché sur la plus haute branche d’un palmier qui signalait sa présence par un roucoulement continu. Sa silhouette, une boule noire qui se détachait dans le ciel bleu du matin, offrait une cible idéale. José le tira de loin, en prenant tout son temps, pour ne pas le manquer. Carlos l’observait avec un sourire amusé. Bien qu’il appréciât la chair fine de ce volatile, Carlos ne gaspillait jamais une cartouche pour un si petit gibier. Parfois, une perdrix perchée sur une grosse souche au milieu d’une rizière, repue de grain, digérant paisiblement un abondant repas, cacabant imprudemment, se laissait surprendre. Carlos la lui laissait tirer sachant que dans cette position il ne la manquerait pas.

15:30 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

 

« Les femmes excitent les chasseurs qui prennent des ris-ques inutiles pour montrer leur bravoure », disait-il. Il fai-sait siens leurs goûts et leurs désirs, sauf en ce qui concerne la chasse : sur le terrain, c’était lui qui décidait de la manière de tuer l’animal ; il avait ses règles à lui et il n’était pas question d’y contrevenir.
José aimait se rendre chez “Tarzan” pour écouter ses récits de chasse et admirer ses trophées. Celui dont il était le plus fier était une paire de défenses de 1,75 m prise à un vieil éléphant solitaire.

Quelque temps plus tard, “Tarzan” invita José à une partie de chasse. Ils s’équipèrent pour passer deux jours sur le terrain et partirent un samedi à l’aube, accompagnés d’un pisteur porteur de fusils. Ils prirent la route de Madiana, puis la piste de Sidi-Kila. Il leur fallut toute la journée pour y arriver. Ils installèrent une tente et y passèrent la nuit. Le lendemain, ils se levèrent à l’aube et trouvèrent rapidement une piste de rhinocéros. Elle les conduisit à une mare où la bête avait bu peu de temps auparavant, puis ils remontèrent vers une ligne d'arbres qui fermait l'horizon et bientôt, à la plaine légèrement boisée où leur vision s'étendait au loin sans obstacle, succéda, non plus la brousse clairsemée, mais un fourré dense et presque continu. Leur pisteur vint les avertir que l’animal était très proche et ils marchèrent avec lenteur, scrutant de l'œil, à chaque pas. Bientôt, il leur fit signe ; José se baissa, et dans une petite clairière dont le centre était occupé par une flaque d'eau margée d'argile sèche et piétinée, il vit à trente-cinq mètres, de profil, gris comme cette argile, un grand rhinocéros qui était couché et qui venait de se lever à leur approche. Il ne les avait pas vus, ils marchaient contre le vent de sorte qu'il ne les sentait pas. Mais il n'y avait pas de temps à perdre. “Tarzan” pointa son fusil et le toucha au défaut de l'épaule. L’animal fléchit un peu sur ses jambes et s'enfuit. Il l'atteignit une seconde fois et disparut. Le pisteur s’était précipité devant eux. “Tarzan” et José le suivaient au plus près. Soudain le pisteur, s’arrêta et leur cria quelque chose : « Il dit de ne pas bouger et de faire attention » dit “Tarzan”. Ils attendirent un peu, puis ils gagnèrent un arbre à une trentaine de mètres car le fourré s'était un peu éclairci et ils se placèrent derrière ; le guide cria de nouveau d'attendre, mais “Tarzan” était impatient de voir et d'ailleurs quelques pas suffisaient maintenant. Ils entendirent des piétinements, un souffle puissant ; ils s'avancèrent encore un peu, et cette fois ils s'arrêtèrent net. “Tarzan” épaula : la bête était à quarante mètres, derrière un gros buisson ; elle s'agitait, tournait, encensait de la tête, comme cherchant un ennemi invisible. La balle dut la toucher, car le rhinocéros tomba. Ils entendirent le pisteur, d'un arbre où il était grimpé, pousser des exclamations et parler avec véhémence. Le rhinocéros, atteint à la tête, était mort.
C'était un mâle, la corne antérieure était fort belle. Il était dix heures et demie quand ils repartirent par une chaleur torride : bientôt ils virent une seconde piste, de rhinocéros, mais elle datait de plusieurs heures, dit “Tarzan” et au bout de quelques instants, vaincus par l'ardeur du soleil, dans cette brousse basse qui arrête le vent sans donner d'ombre pour la hauteur d'un homme, ils se résolurent à rentrer.

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09:38 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

02/09/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

Tarzan


En ces temps déjà lointains où le gros gibier était abondant dans cette région d’Afrique, il y avait à Kankan un guide de chasse blanc. C’était un bel athlète d’une trentaine d’années que les indigènes appelaient “Tarzan” en raison de sa ressemblance avec Johnny Weissmuller, le sensationnel champion olympique de natation dont ils voyaient les exploits dans le rôle de “Tarzan” sur les écrans des deux cinémas de plein-air que comptait ville. Il n’avait pas grand-chose à voir avec l’illustre héros imaginé par le romancier Edgar Rice Burroughs. C’était un aventurier – au sens noble du terme – qui aimait le grand-air et passait le plus clair de son temps en brousse à chasser ou à repérer le gros gibier. Sa réputation dépassait les frontières de la Guinée et recevait pendant la saison sèche quelques riches amateurs de safaris venus d’Europe se faire un gros gibier dont ils pourraient accrocher le trophée dans leur salon pour épater leurs amis. “Tarzan” donc, puisque c’est sous ce nom qu’il était connu de tous, disposait de véhicules tout-terrain, de pisteurs et rabatteurs qui connaissaient les moindres tanières de la savane. Pendant les safaris, il assurait le gîte et le couvert en pleine brousse, avec vins fins et champagne tenu au frais dans des réfrigérateurs à pétrole. Il garantissait à ses invités l’abattage d’un gros gibier : éléphant, rhinocéros, buffle, lion, léopard, pour un prix convenu d’avance. L’abattage éventuel d’un grand koudou ou de toute autre antilope était un supplément qui enrichissait les trophées des amateurs de chasse pour le même prix. Une fois l’animal abattu, les tam-tams venus d’on ne sait où répandaient la nouvelle et les habitants du village le plus proche affluaient pour se partager la dépouille de l’animal, car les chasseurs blancs n’étaient intéressés que par les trophées.
“Tarzan” se faisait une haute idée de son métier. « Dans la chasse au gibier dangereux, disait-il, celui qui organise un safari doit être capable de sortir ses clients du merdier où il les fourre. C’est pour cela que tout amateur de chasse qui vient pour la première fois en Afrique chasser le gros gibier prendra un chasseur blanc, car le guide dont un client est blessé perd ou compromet gravement sa réputation et son gagne-pain, ce qui l’oblige à garantir la sécurité de ses clients », disait-il. Il entretenait de bonnes relations avec les amateurs de chasse. Ils étaient son gagne-pain, mais il n’aimait pas que les chasseurs amènent leurs épouses ou leurs petites amies.

15:02 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook