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28/08/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

C’est ainsi que le 23 janvier 1949 il se trouva embarque dans un DC-3 de la petite compagnie Aigle Azur qui décolla dans un grand vrombissement de moteurs. Lorsque l’avion atteignit l’altitude de croisière il se stabilisa à l’horizontale. L’avion survola la France au-dessus d’une mer de nuages qui masquait le paysage ; au-delà des Pyrénées, le ciel s’éclaircit et José Fernández put admirer la terre qui, vu du ciel, est un ravissement, une carte en relief et en couleurs. Il découvrit des panoramas somptueux : verts pâturages du Pays basque, villages aux maisons à demi enterrées de la Meseta castillane, neiges éclatantes de la Sierra Nevada, vertes olivaies d’Andalousie, sombre rocher de Gibraltar qui se dressait, telle une sentinelle face à l’Afrique, l’aride massif du Rif avec ses tentes de nomades et des colonnes de méharis qui de cette altitude paraissaient de la taille de souris, Casablanca, première escale en terre africaine, Villa Cisneros, blanche de lumière, Dakar, ville aux toits de chaume et de tôle qui scintillaient au soleil comme des miroirs.
L’avion survola la réserve du Niokolo-Koba à basse altitude. Des troupeaux de gazelles, de girafes, de gnous, de buffles, effrayés par le vrombissement de l’avion, couraient en débandade. Atterrissage à l’aéroport de Conakry sous un soleil couchant. Au sol, l’air était chaud, poisseux et humide. Un autocar de la Compagnie emmena les passagers en ville, soulevant un nuage de poussière rouge, longeant une zone de mangroves, forêts impénétrables de palétuviers dont les racines baignaient dans les eaux de la mer, formées par les nombreuses rivières qui traversaient ce vaste espace marécageux avant de se précipiter dans l’océan.
L’autocar déposa les passagers devant un hôtel au centre de la ville. Après une douche rafraîchissante, José visita la ville à bord d’une calèche conduite par un cocher boutonneux qui s’arrêtait toutes les cinq minutes pour lui décrire les quartiers qu’ils traversaient dans un langage “petit-nègre” en mangeant les “r” : en 1887 l’île était entièrement recouverte par une forêt de palmiers et de fromagers dans laquelle étaient répartis quatre villages : Conakry, Boulbinet, Kyutown et Tombo, cédée peu avant par les Anglais aux Français. Sous l’occupation française, Conakry devint la capitale de la colonie des “Rivières du Sud” en 1889, puis la colonie de la Guinée française en 1991, colonie autonome placée sous l’autorité du Gouvernement général de Dakar. Bâtie sur la petite île de Tombo, formée d’une série de collines d’une centaine de mètres d’altitude, Conakry était reliée à la presqu’île de Kaloum par une digue de 300 mètres et par deux ponts métalliques : un pont-route trop étroit pour permettre le croisement de deux véhicules, et un pont-rail assurant la traversée de la ligne de chemin de fer Conakry-Niger.
Les maisons en banco lézardées par la pluie, les toits de tôles rongées par le sel marin donnaient à la ville un aspect lépreux. Les rues, bordées de manguiers lourdement chargés de fruits encore verts, étaient étroites et sales. Tout autre était le spectacle qu’offrait la corniche bordée de cocotiers fortement inclinés sous l’effet du vent du large qui ceinturait la ville en épousant les sinuosités de la côte.
La nuit fut suffocante ; la chaleur et le bourdonnement des moustiques volant en nuages épais autour de la moustiquaire l’empêchèrent de dormir.

 

09:51 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook

27/08/2018

DE LA SAVANE A LA FORÊT VIERGE

I - À la découverte de l’Afrique


Les grands espaces et les terres sauvages l’ont toujours fait rêver. Cela a commencé très tôt avec la lecture de bandes dessinées : les comics-streeps américains, tels que Tim Tyler’s Luck et Tarzan furent ses premières lectures. Ou plutôt celles qui suivirent les traditionnels contes pour enfants. Tim Tyler’s Luck raconte les aventures de Tim Tyler, parti à la recherche de son père disparu dans la brousse africaine où il étudiait la vie des gorilles, et de Lora Lacey, une jeune Américaine à la poursuite du sinistre Spider Webb qui a volé les diamants de Kimberley et fait emprisonner son frère à sa place. Tous deux vont unir leurs efforts et trouver sur leur chemin Spider Webb qui s'est approprié le Croiseur de la Brousse, l'invention du professeur Tyler... Elle raconte aussi les aventures des deux jeunes héros chargés au sein de la Patrouille de l’Ivoire de protéger les éléphants d’Afrique contre les braconniers et les bandits de toute sorte. Il n’y a pas que les bandits, il y a aussi toutes sortes d’animaux sauvages, lions, panthères, léopards ; Tarzan véhicule le mythe du bon sauvage cher à Rousseau et à Chateaubriand. Vinrent ensuite d’autres lectures : tous les romans d’Edgar Rice Burroughs, Le livre de la jungle de Rudyard Kipling, Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre qui bercèrent son adolescence. Cette passion s’est affirmée à l’école avec les cours de géographie. Quand il dessinait la carte de l’Afrique, il imaginait les grandes savanes peuplées d’animaux sauvages au pied du Kilimandjaro aux neiges éternelles…
C’est une annonce parue dans le Moniteur des Travaux Publics qui lui a donné l’idée de tenter sa chance en Afrique. Il a envoyé sa candidature, accompagnée d’un C.V., sans trop y croire compte tenu de sa courte expérience. Contre toute attente, il a été convoqué pour un entretien.
Dans le train de nuit qui l’a conduit à Toulouse, José Fernandez n’a pas fermé l’œil. Il était trop excité. Le train arriva à la gare de Matabiau au petit matin. Comme il n’avait rendez-vous qu’à dix heures, après un petit déjeuner au buffet de la gare, il longea le canal du Midi jusqu’à l’Allée Jean Jaurès. De là, il descendit jusqu’à la Garonne le long de laquelle il flâna jusqu’à l’Ile du Ramier près de laquelle se trouvait l’adresse où il se rendait. Malgré sa lenteur calculée, il arriva avant l’heure prévue. Il fut accueilli par une charmante jeune femme blonde qui lui demanda l’objet de sa visite et l’a fait entrer dans une salle d’attente. Au bout de quelques minutes, elle est revenue et lui a dit que le directeur l’attendait.
Un homme blond d’environ trente-cinq ans, de taille moyenne, consultait un dossier assis derrière un grand bureau recouvert d’une plaque de verre. Sans lever son nez du dossier qu’il consultait, il le pria de s’asseoir. Puis, au bout de quelques instants, il se leva, lui tendit la main et se présenta : « Lutz, ingénieur-topographe. »
Il lui expliqua qu’il venait d’obtenir d’importants marchés d’études routières et de travaux topographiques en Guinée. « Un pays neuf où tout est à faire », lui dit-il. Il devait compléter une équipe déjà en place. Il le trouvait un peu jeune – il venait de fêter ses 21 ans − pour le poste à pourvoir, mais les renseignements qu’il avait obtenus de ses employeurs avaient fait pencher la balance en sa faveur. Il lui proposa un contrat d’une durée de deux ans. Le salaire n’était pas mirobolant, mais pour José ce contrat représentait l’ouverture d’un monde nouveau. Il n’a pas hésité une seconde. Il est difficile d’exprimer la joie qu’il a ressentie : l’Afrique lui ouvrait les bras. Un rêve se réalisait. Extrêmement excité, il est allé au cinéma pour calmer mes nerfs, mais son imagination galopait tellement qu’il n’a pas retenu le titre, ni le sujet du film qu’on projetait.
De retour à Paris, il s’est fait vacciner contre la fièvre jaune et la variole à l’Institut Pasteur. Puis il a fait quelques achats qui lui semblaient mieux adaptés à sa nouvelle vie : casque colonial, shorts, saharienne, saroual, ainsi qu’un ouvrage intitulé : Conseils aux jeunes géomètres et géographes qui se rendent en Afrique subsaharienne, édité par l’I.G.N. , une espèce de vade-mecum très instructif pour tout néophyte se rendant pour la première fois en Afrique subsaharienne : « Comment se protéger contre le paludisme, l’amibiase, la bilharziose ; que doit contenir la trousse pharmaceutique du broussard ; que faire en première urgence lorsqu’on est mordu par une vipère cornue, etc. » Suivait la parfaite panoplie du petit entomologiste et du naturaliste amateur.

18:16 Écrit par Astur dans Récit | Commentaires (0) |  Facebook