07.01.2009
Retour dans la vallée du Nalon
(...) Je répondais comme je pouvais à cette avalanche de questions. Pendant que ma tante pérorait, j’ai embrassé mes cousines, Sonita et Marisol, qui se tenaient en retrait. Sonita était une jeune fille de dix-huit ans, Marisol en avait huit. Il s’établit instantanément entre nous un sentiment de retrouvailles ; comme si nous ne nous étions quittés que depuis peu. Les liens du sang, peut-être ? Lorsqu’elle eut recouvré ses esprits et séché ses larmes, ma tante me dit :
« Cesario rentrera à midi. Il a tellement envie de te connaître ! »
Elle me montra ma chambre et me fit visiter la maison dont elle était très fière. Vue de l’intérieur, la maison paraissait plus grande. Elle avait quatre chambres, un grand séjour, une grande cuisine où l’on pouvait prendre les repas, une belle salle de bains et les cabinets séparés. Les pièces étaient tapissées de papier aux couleurs bariolées. Le parquet, encaustiqué, brillait et sentait la cire fraîche. Les meubles en bois massif donnaient à l’appartement un air de confort chaleureux.
Les premières effusions passées, nous fîmes plus ample connaissance.
« Sonita apprend la coiffure à Oviedo. Elle part avec le premier car du matin et rentre le soir. Aujourd’hui elle a pris la journée pour être là à ton arrivée. Marisol va à l’école mais elle aussi voulait être là pour ton arrivée. »
Elle me donna des nouvelles des autres membres de la famille que je ne connaissais qu’à travers des photos : cousins et cousines nés peu avant ou après notre départ, tantes devenues veuves et le seul oncle ayant survécu à la guerre… Puis elle me demanda de lui raconter notre odyssée :
« Vous avez dû en voir de toutes les couleurs ! Pauvre Maria ! Raconte-moi comment ça s’est passé. »
Je lui ai relaté notre départ du port d’Avilés, la traversée jusqu’à Bordeaux dans la cale d’un vieux rafiot par une mer déchaînée, notre transfert en Catalogne où nous avons vécu dix-huit mois dans un manoir désaffecté, l’exode après la débâcle des républicains, le franchissement des Pyrénées en février 1939, les camps d’Argelés, de Millau et pour finir notre installation à Sévérac le Château où, contrairement à ce que pensait ma tante, la vie n’a pas toujours été rose… Pour elle vivre en France c’était vivre au Paradis.
« Et toi, que fais-tu ? Où travailles-tu ?
– Je travaille en Afrique.
– En Afrique ? Mais pourquoi es-tu parti dans ce pays de sauvages ?
– Ce n’est pas un pays de sauvages. Les gens vivent autrement que nous, c’est tout. Et puis, j’aime la vie que je mène là-bas. (...)
du même auteur : "La vallée du Nalon" éditions LE MANUSCRIT - alapage.com
"Souvenirs de Guinée" Editions EDILIVRE - alapage.com
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06.01.2009
Retour dans la vallée du Nalon
(...) Au petit matin, le ciel était gris, pareil à une mer houleuse et plombé. Le train courait dans une vallée dominée par de verdoyantes collines où paissaient quelques troupeaux de vaches et de chevaux. Parfois un long alignement de bâtiments aux façades de briques rouges noircies par l’épaisse fumée d’une usine cachait le paysage. Des poteaux télégraphiques, des cheminées d’usines, des terrils, des crassiers, défilaient à grande vitesse.
Le train entra dans la gare d’Oviedo vers dix heures du matin. À Oviedo j’ai pris un train omnibus qui desservait la vallée du Nalón. Une heure plus tard, le train entrait dans la petite gare de Barros. Personne ne m’attendait. La petite ville ne devait pas être très loin car, du quai surélevé, par-dessus les frondaisons d’un bouquet de marronniers, j’apercevais les toits de tuiles rouges des premières maisons. Un passant, à qui je communiquai l’adresse de ma tante, eut la gentillesse de m’accompagner jusqu’à sa maison. C’était une petite maison de construction récente qui présentait déjà quelques fissures sur la façade principale.
C’est Faustina qui m’a ouvert la porte. Elle a poussé un cri :
« Mon Dieu ! C’est toi, José ? C’est bien toi, Josepín ? »
Elle répéta ces mots en pleurant jusqu’à ce que l’émotion qui l’étreignait se fût apaisée.
« Te voilà enfin ! Je pensais que tu ne viendrais plus. Dis-moi comment va ta pauvre mère ? Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mais pourquoi n’est-elle pas venue avec toi ?… Pobrina ! Pobrina ! Comme elle a dû souffrir pour refuser de venir dans le pays où elle est née ! »
Je n’avais pas le temps de lui répondre et déjà elle répétait :
« Mon Dieu ! Mon Dieu ! Ce n’est pas possible ! Comment va Amélia ? Elle n’est pas encore mariée ? Et Nin ? Et Tino ? Que deviennent-ils ? Que font-ils ? Où sont-ils ? Parle-moi d’eux ! » (...)
Du même auteur: "Souvenirs de Guinée et d'autres voyages". EDILVRE. alapage.com
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31.12.2008
Souvenirs de Guinée et d'autres voyages
(...) Pour les Grecs de l’Antiquité, Delphes était le centre géographique du monde. C’était aussi un site religieux sans égal : dans l’adyton du temple voisinent la tombe de Dionysos et le trépied sur lequel la Pythie, prophétesse d’Apollon, signifiait aux mortels les conseils éclairants du dieu. Le temple d’Apollon, les Phaedriades, le Tholos du sanctuaire d’Athéna, le magnifique théâtre qui domine la vallée, le stade, les allées bordées de fontaines et de statues, le trésor (chapelle) des Athéniens, nous remplirent d’admiration pour cette civilisation si ancienne et si riche.
Deux jours plus tard nous installâmes notre tente près d’Athènes, au bord de la mer entre Castella et Palaión Fáliron, dans le golfe de Corinthe. Nous consacrâmes la première journée à visiter l’Acropole et son entrée monumentale, les portiques des Propylées traversés par la Voie sacrée qui offraient une magnifique vision : à droite le Parthénon entouré d’une colonnade de style dorique aboutissant à deux frontons sculptés sur les façades est et ouest ; à gauche le temple d’Athéna Niké et l’Erechthéion. Sous le ciel de l’attique, en ces hauts lieux de la spiritualité antique, les pierres ont conservé tout leur éclat.
Vue de l’Acropole, Athènes s’étalait à perte de vue : au sud, la mer bordée de sable et le Pirée ; face à face, l’Hymette pelée sous ses broussailles et le Parnès coiffé de sapins ; au nord, fermant l’horizon, le Pentélique avec, sur ses pentes bleues, les tâches blanchâtres des carrières de marbre qui ont servi à la construction du Parthénon.
Le centre d’Athènes s’articulait autour des deux places du Syntagma et de l’Omonia que reliaient trois grandes artères. Proche des quartiers résidentiels, non loin du Palais Royal, la place du Syntagma, bordée de ministères, d’ambassades, de grands hôtels et d’agences touristiques, était aristocratique et cosmopolite. La place de l’Omonia, avec des magasins moins luxueux, plus utilitaires, restait plus populaire.
Nous restâmes une semaine à visiter la ville et ses environs : l’Odéon, le temple de Némésis à Ramnonte, le temple de Poséidon au cap Sounion, le Musée National consacré à l’Antiquité, le musée byzantin, le musée Bénakis consacré aux arts et au folklore populaires, les monastères de Kaisariani et de Dafní… (à suivre)
Souvenirs de Guinée est publié aux éditions EDILIVRE - Alapage.com
du même auteur ; "La vallée du Nalon" - Alapage.com
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